Les expériences des entrées disparates, hétérogènes – parfois difficiles – dans les sociétés de l’information et de la cognition – les sociétés de contrôle avancé – pour des jeunes adolescent.es montrent un certain type de droits à une information fiable, une interrelation cohérente et de référence, étudiés pour ce qu’ils doivent nous interroger – « Nous » communauté humaine d’adultes – sur la capacité des systèmes informationnels à bâtir des dynamiques de connaissances et d’expériences différentes du seul monde vivant. L’offre pléthorique de sources d’informations (l’infobésité si elle est une caractéristique du capitalisme linguistique et cognitif par le trop plein et les effets de saturation, en tant que rattachée aux sphères informationnelles, est un effet de l’épreuve de la sélection de la pertinence et de la fiabilité des sites Web, des organes de presses, des pure player, des Institutions, des réseaux sociaux pour un être humain isolé qui souhaite s’informer sur l’état du monde et des affaires humaines en 2026 …) amène la question de la relativité contextuelle et historique au centre de cette dynamique interne de l’information comme ouverture ou fermeture dans et vers les mondes des faits, des interactions et de la fiction. Une information est abstraitement une différence injectée à l’intérieur d’un écosystème de flux et de mise en ordres, en tant qu’elle est digit ou bit-unité qui déstabilise et restabilise la cohérence d’un certain type d’ordres immanent à un système comme interdépendance des parties au tout, frontières homéostatiques et production de nouveautés et de sens en continu relativement aux récepteurs et émetteurs de messages. Sa valeur réelle provient de sa rareté à un moment « T » du temps d’évolution du système d’interactions sociales-symboliques étudiées et en tant que valeur « rareté », l’information pertinente possède une capacité différentielle à créer de la nouveauté i.e. une tendance à modifier les directions d’un système de contrôles et de réflexivités organisés par les contacts multiples entre les êtres vivants, les signes-langages interactifs dans lesquels ils vivent et s’expriment et leurs milieux sociaux naturels ou économiques.
« Une information est une connaissance communiquée par un message transmis par un individu à un autre individu. L’information implique donc la communication, c’est à dire un échange d’informations entre deux ou plusieurs personnes. L’information implique aussi un code commun de compréhension du contenu communiqué. Ce code concerne à la fois la forme du message et sa signification mais les deux peuvent être traités séparément, la forme étant constituée par le support physique du message. […] » (« Dictionnaire de l’Information », entrée rédigée par Paul-Dominique Pomart, Armand-Colin, 2004). Dans cette acceptation par le code, la communication comme capacité technique, naturelle ou organique à transmettre un nouveau sens – une Information – s’appuie sur une certaine forme physique, sociolinguistique, économique – un codage – ou un support d’inscription et de contrôle de données dont les enjeux et les buts sont la transmission réussie pour elle-même ; en ce sens les dynamiques de fonctions internes déployées par des médiums comme intermédiaires et moyens d’expressions achevées et des médias comme organisations économiques de production de l’information ; se recoupent à ce centre de gravité décisif qui est la capacité technique ou expressive de médiation et de transmission de messages d’un système d’ordres à un autre système d’ordres, d’une organisation culturelle humaine à une autre organisation culturelle humaine, d’humains vers des machines (et inversement), d’êtres vivants vers d’autres êtres vivants. Norbert Wiener nous apprends à bien distinguer le caractère primaire – la recherche d’un équilibre homéostatique pour un organisme vivant – des caractères secondaires des moyens de communication en prenant en compte toutes leurs dimensions économiques dans les industries de l’information (groupes de médias, presses digitales ou papiers, réseaux d’affaires, marchés de producteurs consommateurs, télévisions, réseaux numériques, industries culturelles et créatives …) (« Information, langage et société » in « La Cybernétique : information et régulation dans le vivant et la machine », [1965], Présentation de Ronan Le Roux, Seuil, 2014).
La question philosophique posée par la capacité de supporter et de véhiculer – en les médiatisant – des milliards de lignes de transmission d’informations dans un monde numérique hyperconnecté est faite, dans les perspectives de l’interaction sociale et symbolique et de la littératie, de cette épreuve de l’intercompréhension entre plusieurs organismes, organisations sociales et culturelles, institutions, séries de machines (réseaux d’ordinateurs interconnectés, Intelligences Artificielles Génératives dites de Régulation (IAGR) …). L’épreuve qui consiste à sélectionner les sources d’informations, à repérer leurs colorations idéologiques, leurs types de production rhétorique à l’intérieur d’une exploitation sémiotique et sociolinguistique des signes capitalisés sur des supports est une épreuve de la signification différente, heurtée – par la critique de corpus et l’isolement des différences sensées – ; repérer les contextes particuliers de production de l’information, comprendre les processus d’intercommunication à l’œuvre, identifier les techniques de propagandes classiques et nouvelles (boucs émissaires, essentialisme, soif de généralité, inversion maligne du stigmate, viralité du faux, conformation des jugements évaluatifs et loi des plus forts et du plus grand nombre appuyée par et sur des langages-machines …) Ce qui fait la différence dans la lecture d’un média est ce qui devient marqueur du sens pour soi, effets sur sa propre croyance-habitude et possible compréhension pour soi même et pour autrui d’une certaine valeur informationnelle de l’événement – une radicale nouveauté comprise en commun – un marqueur délivré à un moment et dans un espace politique particuliers par des professionnels journalistes ou des intervenant.es critiques. Une information dont on peut faire bon usage.
A cela vient se percuter toute la problématique du confusionnisme et de la désinformation maximales comme stratégies d’évitement des lectures critiques des pouvoirs et du changement politique et social possible – maintenir en l’état un système d’ordres économiques injustes par exemple par l’action quotidienne de désinformer – TRUTH social comme réseau social officiel d’un président en exercice, est ici un exemple frappant d’épuisement du sens et d’arme technologique, asociale et politique – en exploitant un relativisme malsain qui permet de dévaloriser les paroles et les écrits de personnes publics ou de journalistes, ayant un domaine d’expertises bien précis et un souci de la vérité. Les attaques répétées contre la confiance sont ici des attaques directes contre la démocratie sociale et l’esprit critique, le travail d’enquêtes et la recherche de la vérité comme éthique de métiers et tendance à construire de la connaissance. En dépassant toujours le niveau des techniques de l’info-guerres, de la saturation de l’attention des publics, du divertissement haineux et de la propagande médiatique délivrés massivement 24h sur 24 par des constellations de médias autoritaires ou d’extrême droite, le travail d’enquêtes à l’inverse s’intéresse à la fiabilité des sources, décrypte des messages officiels, dé-livre des récits personnels et collectifs et témoigne des faits par des expériences vécues, fait un travail de journalistes de terrain, de traduction et d’expression. Il n’est plus possible d’habiter certains réseaux « sociaux », de consulter certains médias mainstream (dans la sphère médiatique Bolloré en France ou Murdoch avec « Fox News » aux États-Unis) c’est à dire de communiquer normalement avec d’autres êtres humains capturés dans les filets de ces réseaux, sans être réduit par un certain code de conduites, à des comportements complotistes aberrants et des langages stéréotypiques ; des memes fédérateurs, des signaux de ralliement, des images identitaires et des réflexions antisociales toutes faites.
Le confusionnisme et la désinformation ne rentrent pas seulement dans une stratégie de « merdification » des réseaux qui permet de fournir une sorte d’écran noir derrière lequel des politiques de violences, d’exclusions, de repli sur soi et de xénophobie peuvent s’exercer, ils sont là bien présents, comme des signes-indices importants de l’incapacité de la forme démocratie à s’exercer, l’incapacité à faire sens au milieu du sens détruit, dézingué, satirisé … Et cette perte de l’adhérence à la vie concrète par le sens est ici radicale dans certaines zones géographiques, économiques et médiatiques ; elle touche à nos capacités à nous entendre et à nous comprendre depuis des mondes culturels différents ; elle permet aux Tyrans de se maintenir au pouvoir parce que le désir de démocratie s’éteint ou se fragilise grandement dans les masses par la force de la répétition des messages venus d’un même centre de pouvoirs. Penser contre les psychologies des pouvoirs d’extrême droite s’avère indispensable pour le « Nous » de la forme de vie démocratique et la nature éthique de cette réflexion dépend aussi de milliers d’enquêtes historiques, philosophiques et sociologiques menées partout dans le monde qui ont montrées les profondes dangerosités (ses porosités sociales symboliques) de l’extrême droite et les haines sournoises de la démocratie sociale, coopérative et critique véhiculées par ses idées et ses actions. La préservation d’un écosystème informationnel pluraliste et non assigné à des technologies financières et idéologiques, (bots informationnels, pas de formations aux enquêtes, idéologies conservatrices maximales, paniques morales, vindictes populaires et délations, replis sur l’Ego et les questions sécuritaires …) séparées de toutes questions éthiques, rentre pleinement dans cette stratégie complexe de lutte contre l’extrême droite globale qui allie l’enquête sociale, le souci pour la vérité, les relativités contextuelles et historiques et la puissance d’agir en commun dans et pour une vie démocratique, libre et éclairée.
Fragments d’un monde détruit – 206
