Version officielle

Les diffusions globalisées de l’Information ludique ou Infotainment comme pouvoir insidieux de masquage des réalités sociales et des expériences vécues par les groupes sociaux humains et les êtres vivants – le rabaissement de la dimension commune de nos vies et la valorisation du tenir pour vrai contre la tension publique venue de la recherche de la vérité -, accompagnent en les fluidifiant les contrôles des systèmes d’information des administrations des sociétés répressives ou des sociétés à régime il libérale qui basculent dans des modèles sociaux politiques autoritaires depuis l’élection de Trump. Isoler et soumettre les dissidences, mettre au pas les opposant.es dans une bonne ambiance ludique, joyeuse, destructrice et simultanément stimuler et capter des attentions de potentiels consommateurs citoyens très nombreux, pris dans des manipulations affectives du divertissement et blessés par l’indifférence d’un lointain système technocratique imaginaire [« le complot contre l’Amérique » comme « The deep state »] représentent des tactiques de surveillance et de contrôle typiques du capitalisme de prédation sorti de manière dramatique du contrôle d’un Etat et d’une fonction publique fragilisés ou ciblés comme étant l’ennemi à abattre.

Tout l’espace médiatique ou médiacratie, de groupes de sociétés autoritaires – privées et publiques – est rendu presque indéchiffrable ou inattaquable par les dissident.es extérieur.es, car seule apparemment la lecture interne à un système de croyances et de motivations à agir est possible ; ceci est due notamment à la saturation d’un espace médiatique numérique par l’infotainment de masse et l’éparpillement très important des canaux de diffusion par l’Internet et les réseaux asociaux qui capitalisent leurs financements sur l’exploitation des données de l’Ego et de l’image de soi. Ici se joue une crise centrale de la forme du récit politique en 2025-2030 dans ces nouvelles sociétés de contrôle ou sociétés répressives comme communication et système de mise en ordre de l’action sociale, à l’intérieur d’un solipsisme qu’Orwell dira collectif. [Nous seuls détenons la vérité et constatons la réalité telle qu’elle est, transparente, nôtre, communicable, incommensurable et univoque ; tous les autres sont dans l’erreur et doivent être convertis à notre version du monde, par la violence si besoin]. Là se joue également, la lutte contre toutes les données scientifiques qui contrecarrent directement la version officielle du monde construite radicalement par le régime de discours autoritaire. Ainsi l’épouvantail wokiste agité par les techno réactionnaires comme Elon Musk, ou cette funeste « Cancel culture » qui heurterais l’immémoriale descendance des blancs, des pères de la Nation, des hétérocentrés majoritaires, de l’ordre naturel des choses et du système patriarcal.

Le style de diffusion et de concentration maximale tout en surfaces réfléchissantes des passions négatives par l’infotainment de masse et la communication officielle, [peur, haine, ressentiment, mépris, désir d’autodestruction, compétition des forces égotiques, prédation des ressources naturelles] accentue la capacité d’une communication à isoler, extraire l’Ego, l’annexer à son froid système de surveillance et de tri statistique, le pétrifier à l’intérieur du temps mort et artificiel des machines à prédire la probabilité du mot suivant, du fragment d’images ou de vidéo que le « je » poste ou diffuse dans l’espace-temps numérique. Ici qualifier exactement le capitalisme de ces sociétés dangereuses pour la vie de tous les autres, devient une sinécure ; capitalisme linguistique ou sémio économie autoritaire, hyper-capitalisation des traces et des voix rendues inhumaines, techno capitalisme de surveillance et de prédation ou bien plus efficacement capitalisme fossile. Détruire les situations de jeux normales en intercommunication sociale, c’est bien là le résultat d’une politique de la destruction des collectifs et des organes outils de la société qui s’imposent aux individus ; formes de socialisation, groupes d’intérêts et de solidarités, associations, ONG, institutions et administrations de l’Etat qui font de la coopération multilatérale, une situation de jeux à la base de leurs fonctionnements normaux et quotidiens. L’effet de l’atomisation des liens sociaux voulus par les anarcho-capitalismes signifie moins ou plus rien venant de l’Etat-fédéral (U.S.A) et de groupes sociaux comme moins de solidarités infrahumaines, comme il engendre aussi plus de violences, plus d’irresponsabilités, plus de destructions envers les êtres humains, les choses, les animaux et les milieux vivants.

La massification d’une certaine version du monde (pilotée par des grands groupes de mass-médias et des oligarchies financières, comme des géants de la Tech et des Intelligences Artificielles génératives qui aspirent des données personnelles et exploitent des travailleurs du clic) se fait par la cassure nette des liens sociaux politiques de citoyens littéralement bombardés de mosaïques Internet qui parcellisent les intérêts humains en les pulvérisant et les privatisant, les rendant secrets, parfois honteux ou simplement hantés par la crainte pour leur propre survie ou sécurité individuelle. La version du capitalisme que j’appelle égo cognitif, en misant sur le capital cognitif pur et l’entreprenariat de soi-même dans un monde économique très agressif permet cette transformation de la nature même de l’information en tant que logique de description collective de faits pour faire changer celle-ci en logique de saturation d’un espace numérique dont l’enjeu est de répondre à chaque intérêt individuel privé sous la forme de niches ou de bulles de filtrage d’un possible extérieur perçu comme déstabilisant ou dangereux.

Et là où la technologie de l’Internet permet pour ces technos réactionnaires et identitaires affiliés à Donald Trump par cette saturation de découper dans la réalité un cercle logique ou un système de représentations cohérent qui va nourrir une même appartenance délirante à la version officielle, l’Esprit critique se voit priver des moyens d’expressions de toutes résistances organisées (casse du web sémantique, exploitation des gisements de données personnelles, des informations bancaires, de santé, occultation des pages Web par l’e-commerce, reprise en main violente de sites Web officiels faisant la promotion de programmes scientifiques importants pour la vie humaine (le genre, la sexualité, le climat, l’éducation, la guerre, la religion, la société humaine, la manière de tisser des liens de solidarité et de fraternité).

La radicalité du combat de forces opposées, progressistes (écologistes, socialistes, libéraux, conservateurs éclairés, pragmatistes – démocrates ou républicains dissidents) vs déclinistes, xénophobes, climatodénialistes et antisciences (réactionnaire, conformiste, transphobe – autoritaires) correspond aussi par contraste à une ligne de renforcement historique de la lucidité et du réalisme pratique et théorique des jeunes générations nées à l’aube de l’an 2000 et des NTIC qui voient le monde changer à toute vitesse sous l’effet du dérèglement climatique et du renforcement des Empires (Chine, Etats-Unis, Inde, Arabie Saoudite, Russie), de leurs systèmes de confrontation bilatérale et de domination des groupes humains et animaux comme de l’assujettissement par le droit du plus fort au capitalisme fossile des zones naturelles protégées. La guerre de l’Information est maintenant par la puissance réticulaire des réseaux sociaux des X ou Méta aliénés au Trumpisme, devenue un enjeu politique décisif du monde dans lequel nous allons vivre ces quatre prochaines années, tant elle concerne la possibilité ou l’impossibilité d’accès à l’évolution réelle de notre système Terre parce que toujours ne pas comprendre et refuser la double logique de l’Information comme pure description transcendante et réglée par le langage et la forme logique du sens liée de manière interne, immanente aux différentes valeurs des actes communicatifs situés dans la vie concrète des citoyens et citoyennes est typique des régimes de discours autoritaires qui souhaitent imposer par la force économique d’un médium propagande, une version unique, « performante » et vassalisée du monde.

Pour ces régimes autoritaires comme la Russie, Dubaï, l’Arabie Saoudite et les États-Unis de Trump et J.D. Vance, l’Information, comme flux massif et liquidité de transaction d’un capital de signaux d’alertes et de mobilisation est d’abord un risque de déstabilisation d’une version autoritaire officielle d’un monde parfaitement clos sur – et réduit à – un écosystème fermé de décisions et de représentations ; version officielle dont le sens et le projet est de parcelliser, cloisonner, sidérer, massifier, confondre ou diviser les masses pour mieux régner sans partages par le néolangage, la réécriture de l’Histoire, la destruction des administrations, des Institutions ou des ONG ou bien l’invisibilisation maximale de tout conflits, de toutes causes ou de toutes enquêtes scientifiques dangereuses pour la seule survie du pouvoir. Ici la performance du discours fait tout ; elle fait partie d’une stratégie du choc et de la sidération pour un régime de discours autoritaire ; elle n’a que faire de critères de véracité et de normativité ; cette stratégie du choc et de la sidération va consister à saturer la zone de combat informationnel (« Flood the zone ») afin de repérer par réactivités dans la zone, les tensions agonistiques et identifier les forces alliées des forces ennemies. Et cette stratégie du choc – finalement par une sorte de retournement risible des moyens et des fins de l’action collective – a pour effet d’accélérer l’explicitation d’une carte géopolitique avec des positions, du matériel langagier, des systèmes d’information et de cognitions, des situations de jeux et des intentions – et l’occultation de territoires entiers qui ne font pas partie de la situation de jeux compétitifs ou de négociation entre les Empires. Il n’est pas question ici d’une technique de délibération clairement construite autour d’un agir communicationnel raisonnable, qui fait toute sa place à une situation de jeux à coopération multilatérale renforcée mais d’une lutte pour ne pas perdre la face, rester le premier dans son couloir de négociation ; tout ce cirque désolant de luttes égoïstes et de formes de communication adaptées ou inadaptées aux objectifs poursuivis par le leader économiquement le plus puissant ; le donneur d’ordres ; celui qui ne comprend pas ou refuse le « kill-game » est exclu.

Seulement là est la grande faiblesse de la version officielle fournie par le régime politique autoritaire, elle ne renvoie à rien de ce qui existe véritablement dans le monde que nous connaissons, – son solipsisme collectif est bien un solipsisme i.e. une illusion de croire, privée et unique, sa propre connaissance du monde – la version officielle finit par nier ce qui est vécue dans l’expérience des groupes humains entiers car elle a oubliée de faire attention aux incarnations collectives des discours, aux capacités de conscientisation maximale des masses venues des organisations humaines, des médias d’informations générales, de l’Art, de la Science et des Institutions depuis que l’Internet existe et permet une capacité maximale de diffusion et d’intercompréhension entre groupes humains ; d’où l’importance majeure de toujours protéger la société mondiale et protéger l’Internet, garantir que la question du droit et de la capacité de ce médium critique reste un mécanisme puissant et nécessaire de contre-pouvoir ; rendre la justice, préserver l’égalité dans le travail et la liberté du rapport à soi et aux autres, permettre une diffusion d’informations scientifiques et techniques fiables, de références et cohérentes, nourrissant une vue sérieuse et crédible de l’évolution de la Terre.

Et les stratégies du choc et de la saturation de l’espace-temps numérique de ces nouvelles sociétés d’informations autoritaires et répressives – qui parient sur le « solipsisme collectif » de George Orwell – doivent buter sur tous les discours d’auto réfutation qui renversent toutes les situations où le leader autoritaire croit dans l’espace médiatique imposer par la force un changement alors qu’il ne fait que tomber dans un piège qui va rendre de moins en moins crédible et possible ses interactions avec les autres. Laisser du temps à la réflexion, lutter contre la vitesse et les moyens financiers des réactionnaires par le droit et l’éthique, permettre peu à peu, l’isolation dans des zones numériques poubelles ; des sortes de vitrines d’idéologues et d’illuminés ; des sous-réflexions de mâles viriles, vulgaires et sous stéroïdes, installés provisoirement aux commandes d’un Etat fédéral comme les Etats-Unis, et qui ne rencontrent dans leurs vies particulières, régionales, visiblement aucune réalité concrète de la vie générale de l’Humanité et du vivant ; aucune articulation profonde et intime, avec ce dont la Terre a besoin (du soin, de la coopération, du féminisme, plus de démocratie sociale, plus d’empathie humaine, plus d’écologie, plus d’Arts et d’enquêtes scientifiques).

C’est en effet dans la perspective d’une stratégie de combat informationnel, que la recherche d’une forme d’épuisement et de lassitude de masse par la lutte féroce dans l’Internet des administrations et des associations, contre les technos réactionnaires et le capitalisme fossile, et sous la protection du droit et de l’éthique, peut créer des espaces numériques morts – des vitrines vitreuses faite d’images, de vidéos et de langage inerte, dénués de vie, d’interactions et de significations et saturés de contre-vérités et de méchancetés, d’absence de tout sens commun, d’injures racistes ou xénophobes, de stupidités masculinistes, de délires de communautés religieuses, que les forces démocratiques vont revivre en possession des boussoles d’un âge écologique, pragmatique et socialiste. Le choc de réalités par les critiques organisées du « solipsisme collectif » du Trumpisme et du Poutinisme, peut contrer la stratégie du choc et de la sidération ou la « Flood the zone » même en l’absence d’une capacité financière comparable à celle du milliardaire Elon Musk ; l’argent n’achète pas toutes expériences brutes et situées derrière un système d’enfermement « tautiste » du monde ; la vie biologique, sociale, politique, humaine et animale parce que la vie déborde ; le vent, la pluie, les feux, les océans, la température qui augmente.

Le réalisme pragmatiste nous apprend à user de nos croyances comme des habitudes d’actions réglées dans le temps et l’espace d’un « pour soi » humain, il nous apprend à travailler à l’édification d’Individus libres vivants dans une forme de vie démocratique, adultes et éduqués, faisant partie pleinement de l’Histoire et à faire confiance à l’opinion ultime ou la perspective de recherches scientifiques par des millions d’associations de bonnes volontés humaines qui coopèrent sur des questions cruciales qui concernent simplement la survie finale de l’Humanité, des sociétés et des êtres vivants. Dans ces tensions critiques et ces zones de combats informationnels dans l’Internet, dans ces espaces numériques qui vont servir la soupe des Tyrans de l’ère Trump, puis vieillir et mourir à force de non fréquentation et de déraisons, d’absences criantes de voix communes, il suffira de ressaisir et annoncer avec des voix hautes, plurielles et fortes, leurs pertes de contacts avec la réalité sur des questions politiques et philosophiques majeures du XXI siècle.

Ces questions politiques décisives pour le futur des communs de l’Humanité sont la politique du care, le renversement de l’échelle de valeurs permise et renforcée par l‘Intelligence Artificielle (IA) – de l’abstrait du langage machine, vitreux, hyper-cohérent, inutile des IA des capitalistes financiers du mot-signe des GAFAM, vers le concret bien réel du soin, de l’attention physique à un autre que soi, de l’aide à toutes détresses et aux catastrophes politiques ou naturelles, de l’espérance de se voir aimé.e et considéré.e, d’entendre sa propre voix dans l’espace publique démocratique, de construire son soi comme une communication existentielle avec le regard, le jeu et la voix d’autrui repris dans l’Esprit du monde – l’intelligence naturelle et le revenu universel d’existence, la mobilisation de masse pour les progrès scientifiques en faveur des droits humains et des droits des espaces naturels et l’éthique pragmatiste et réaliste comprise comme une philosophie de la décision collective.

Fragments d’un monde détruit – 153

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