L’horizon des maîtres

« Quelques nuages flottent au dessus des montagnes
derrière chez moi. Dans un moment la lumière va disparaître
et le vent se lever pour éparpiller ces nuages, ou d’autres dans le ciel.

Je tombe à genoux,
retourne le grand saumon sur le flanc
dans l’herbe mouillée, et commence à me servir
du couteau avec lequel je suis né. Bientôt
je serais attablé au salon,
cherchant à ressusciter les morts. La lune
et l’eau noire seront mes compagnes.
J’ai les mains argentées d’écailles.
Les doigts trempés de sang noir.
Pour finir, je tranche la tête massive.
J’enterre ce qu’il faut enterrer
et garde le reste. Je lance un dernier regard
à la lumière bleue là haut. Je m’en
retourne chez moi. Vers ma nuit. »

Raymond Carver, « Le reste » in « La vitesse foudroyante du passé », « Poésies », p.347, Éditions de l’Olivier, 2015.

[I.A source : Illustration from the Public Domain Review – « Important Meeting of Smoke Makers ». This image is a 19th-century satirical cartoon titled « Important Meeting of Smoke Makers ». It humorously depicts anthropomorphic figures with chimneys on their heads, producing smoke, likely as a commentary on industrialization and air pollution during the Victorian era.]

I.A generated text like a mandatory fuel for our symbolic futures as a poor mankind.

Ne reste pas plus longtemps,
il faut rentrer, se mettre en chemin …
Dans la peau des murs gris et noirs,
on fouille dans les visages des spectres,
cherchant des sourires muets, flottants sur les brèches,
dans les ridules d’obscurités, traquer les rêves inertes,
et le bruit que font leurs esprits attachés,
est un son continu, obsédant, une voile ardente, électrique,

qui a soumis le monde à tout son arrière-plan,
les lignes d’obscurités qui remontent,
au coin de l’œil cyclope ; cette vue sans personnes,
la nausée des nombreux kilomètres parcourus,
tu peux goûter aux larmes d’infinies,
leur sel blanc, vaporeux s’échappe plus loin ..
En formant des pluies douces amères,

mais le temps nous est ici compté,
par les montres opaques et les noirs réflexes,
celles qui agrippent les poignets nus et blancs,
pour s’en faire des colliers de flammes et de pluies,
les digits froids dégoulinent sur leurs murs anthracites,
en une vague d’opales, d’argents et de peintures,
une mer cotonneuse qui saisit la pensée,
l’inquiétude sourde, la funeste impression,

ou que tu portes ton regard,
se traînent des découpages de béton,
des rectangles d’ombres froides et dures,
les nuits géométriques qui s’empilent à l’arrière du soleil,
comme des boites en fer, ouvertes sur nulle part,
le sang des nuages qui glissent au fond de minuit,
humidifie toutes les choses d’une vapeur grise …

Ne reste pas avec nous si tu ne donnes rien,
car cette ville monstre est un dédale sans fins,
c’est une couverture de suie jetée sur les âmes,
à chaque croisée, un nouveau mur résiste,
il n y’a aucune issue lointaine, ni futurs, ni proche,
seulement le même repli solitaire à l’intérieur, l’espace privé,
la forteresse noire ; là creusée dans le ventre digital
où se bâtissent les galeries des vitres et des monstres,

l’espace psychique bien à toi ; l’espace et le temps mental privé,
gardé par des armes frontières, de grands saisissements,
qui capturent tes mots et leurs images, tactiles et sonores,
pour les monnayer sur des marchés de bestiaux immondes,
chaque signe a un prix fixé sur un marché d’échanges,
il varie en fonction de ses attraits, s’il est prolixe, inerte ou séduisant,
et l’obole que tu reçois ressemble à une insulte ..

Ne reste pas avec nous sans frayeurs,
voir les armures saignantes de chaque être vivant,
les styles d’existences utiles que produisent leurs corps-esprits,
les amas de ciels mobiles, bleus, flamboyants,
qui tombent à chaque geste joué par les rencontres,
ne reste qu’à l’extérieur de la ville monstre,
sortis des forteresses noires, des longs et sinueux chemins,
ne voyage qu’avec les oiseaux sans attaches ; les chants des merveilles.

A l’aube, il y aura des ciseaux brûlants, des phrases découpées,
des cris intenses qui auront atteints les nobles visages,
des milliers de corps courbés en fontaines souples et divines,
plantés à même le désert de mondes et de mots, par les frontières ..
Il y a déjà des villes détruites, des soudaines attentes, des phares brisées, les brigades d’officiels fuyantes au début du jour, les armées de signes sans personnes, qui traînent dans la brume …

Les machines à lire, les villes monstres qui figent tout l’horizon
les cités intimes, aux innombrables parois mouvantes,
les horribles fixations de verbes, les mutations à n’en plus finir,
qui dessinent des divisions de bétons, de rancœurs et d’asphyxie,
pour des généraux abstraits ; signaux plastronnant, emprisonnés,
dont les travaux sont pleins d’hésitations, de rumeurs, de lâchetés.
Leurs psychés agonisantes, jetées sur la grève des sons et des mots …
Toute cette lumière blanche, capturée et rejetée,
par une vieille industrie du verbe, de la fumée et du sang.

MP – 03012025

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