Demain, la musique

« L’âme qui s’exhale comme un parfum, de la présence charnelle en général, et qui s’évade pourtant de toute topographie, l’âme fuyante et ambiguë n’est-elle pas une manière de charme ? L’âme est le charme du corps ! Cette ubiquité, ce partout et nulle part, ubique-et-nusquam, exclusif de tout « quelque part », cette présence omniprésente et du même coup omniabsente caractérisent aussi la présence absente du sens dans la phrase et du charme dans la musique. »

Vladimir Jankélévitch, « L’ « expressivo » inexpressif  » in « La musique et l’ineffable », p.66, Seuil, 1983.

Quelle est cette aberration de l’individu ego,
cette désintégration complexe de ses liens, dans l’image-réclusion,
chacun seul dans des vêtements de signes taillés à son corps,
parfaitement adaptés, toujours très différents,
Ah les bien trop nombreux … comme ils ou elles sont les proies faciles du futur, les innombrables pantins qui ont fermés la bouche,
qui se tiennent droits derrière l’œil cyclope,
en rangs serrés, obéissants, et cherchant le signe de sa différence,
toutes et tous arrimés sur les parois de verre,
qui calculent à n’en plus finir des plans de satisfaction,
ce qui pulse dans leurs caboches est la figure du monstre liquide, froid,
qui palpite dans les cervelles glaciales et brouillonnes,
et la musique qu’ils écoutent ressemblent à un vieux compact terminé,
un standard horrible venu du répertoire des supermarchés …

Ce produit écœurant s’écoute à peine, ne se vit pas, n’impose rien,
c’est une liqueur bon marché, affreuse, fanée et très morne,
chaque note est une erreur, une sensible maladie,
chaque ligne de choix résulte du manque de sel et d’âme,
et dans ce magma inerte, sirupeux, où se jouent les différences,
chacun croit être l’unique, appelé par son dieu personnel,
chacune s’efforce de devenir cet autre monde rêvé,
mais rien ne franchit les frontières solides de l’Ego-drame,
là se jouent les pièces de destruction massive,
les acteurs et actrices sont prêts à jouer les nombreuses séquences,
programmées, finies, alignées, ces mortelles attitudes,
l’idole du moi est tragique, absurde, le sentiment de vouloir l’authentique,
comme un fourvoiement, un astre terrible et fascinant …

Lui qui prend dans ses rets « polis », toutes les volontés, les désirs, les pulsions, toi qui rêve avec nous, dans ce rêve immense de la musique,
qui nous emporte dans la nuit en frayant le passage avec les ombres,
lorsque nous marchions seuls et à plusieurs dans la cité immobile,
en écoutant les sons merveilleux d’une guitare et d’un piano,
résonner à l’intérieur de nos corps, comme pris dans ta grâce,
Dieu de l’ailleurs, du voyage multiple entre les mondes et la vie …
Toi l’ami.e jamais perdu.e ; la compagnie des orages,
seras tu là encore, demain, avant la fin de nos mondes,
avant que ne se déploient le cri final et les hurlements des monstres,
ceux-là qui vont aplatir le sens, réduire et détruire,
ceux-ci qui font du commerce avec nos âmes ;
à tout comptes faits, préférons les fuites ensemble et la négation …

Par la navigation folle suivant l’art secret des étoiles,
nous verrons poindre au bout du champ libre et des forêts, dans l’horizon,
la clarté lunaire ultime, la sensation de l’espace-temps troué, creusé,
par la violence du soleil .. Et la danse folle de nos silhouettes,
feront des arabesques dans le grand silence blanc et cotonneux,
charmés par ta musique mon ami.e, nous vivrons au delà de la vie ..
Car rien ne sera perdu, tout sera gardé, tout sera rejoué encore…
Et la musique est un voyage venu d’ailleurs ; elle garde intacte la mémoire d’ici, elle fait de chaque souvenir, un moment d’existence jamais fini.
Écoute le chant des animaux, les voix des anges, la musique de la cité étrange, et sur le chemin de lumières, nos pas seront de simples notes,
nos signes seront des forces de ressouvenir et d’échanges.
Il n y aura rien qui ne soit possible ; lisible, visible, écoutable …

MP – 24052024

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