« La troisième rupture concerne justement le rapport de force entre communication humaine et communication technique. D’ailleurs, il faut mieux dire interactivité pour la technique et intercompréhension pour les hommes. Légitimer l’incommunication, c’est retrouver enfin la communication humaine. Si la technique triomphe avec l’information-service qui représente plus de 80% des applications, les résultats sont beaucoup plus modestes pour la politique, l’éducation et la connaissance … Revaloriser la communication humaine suppose finalement avoir confiance dans l’individu, car ce sont les imperfections de cette communication qui ont renforcé la séduction créée par la technique. »
Dominique Wolton, « Le retour de la pensée critique » in « Penser l’incommunication », p.67, Le Bord de l’Eau, 2024.
Broken Ground: The Fall of the House of Usher (1928)
Dans le fatras immense qui luit dans l’obscure réseau,
passent des créatures noires qui rongent les corps et les cervelles,
par l’effet du fort, de l’icône, de l’idiote et vaste influence,
sur des corps fragiles, collés aux barreaux des prisons mentales,
les mots-blessures qui enferment toujours la seule raison,
et rendent toutes les choses désirables, privées, aberrantes,
et ces humain.es là vivotent seuls à seuls, par milliers,
dans leurs passions motrices, aveugles, certaines et propices,
à toutes les corruptions lentes, les mêmes cités qui haïssent,
et font naître la crainte de masse et l’opprobre,
par l’effet des télé-viseurs et des filets des réseaux magnétiques,
ceux-là aux grands désirs de sécurité et de conforts,
sont ceux là qui se dopent aux performances de l’instant,
à la dérive autoritaire de la force brutale et stupide,
à l’intérieur des nasses séduisantes, toutes creusées à l’envers,
survivent ces images mentales, ces croyances, attitudes,
prises dans des volontés rentrées vers elles-mêmes,
et ce chemin vers nulle part est ce chemin affreux,
qui conduit toutes décisions vers un irrationnel pur,
l’oubli fatal des contextes, la mort des soi aux kilomètres,
font grandir le monstre-message ; la haine, la violence et l’oubli,
celui là qui grandit toujours, et soumet chaque Esprit…
Ah vous serez des ennemis innombrables et seuls, tout à la fois,
survivants sur des îlots d’artifices, de mal-conscience et de guerres,
devenus après l’orage, l’absence de refuges, la perdition,
vous qui niez l’importance de ce qu’est comprendre,
les flashs-lumières de l’ornière ridiculement petite et sombre,
et produire en masse, ce vaste programme de contrôle,
l’obsession sexuelle, automatique, multiple et navrante,
qui efface, détruit, rend facile, la négation des autres et du vivant,
la psychologie devenue l’instrument d’une farce macabre,
les mangeurs d’idée-drames, de remords psychiques, la fuite en série,
et tous ces individus-zéros alignés comme des soldats de l’Empire,
qui font le job et la condition demandés, ont le réflexe assuré, la fin de l’action administrée,
sont là comme des petits princes, contrôlant l’ultime, le début et l’espoir,
le capital qui s’insinue à l’intérieur, dans les veines et le sang,
pour les animateurs du rien et d’une forme isolée et isolante.
Ah quel est ce regret qui remonte depuis la Terre ? L’immense regret,
qui colore la pensée et fait du monde, un tableau futur, exquis et divin,
le manque d’éducation de soi, la figure mythique du père enfin libérée,
de son obligation, de sa servitude débile, de sa forme sociale imposante,
la pensée libre enfin exprimée comme communication, information et création.
MP – 16022024
