« A-t-on remarqué que la musique rend l’esprit libre ? qu’elle donne des ailes à la pensée ? que l’on devient d’autant plus philosophe que l’on est plus musicien ? – Le ciel gris de l’abstraction semble sillonné par la foudre ; la lumière devient assez intense pour saisir les « filigranes » des choses ; les grands problèmes sont assez proches pour être saisis ; nous embrassons le monde comme si nous étions en haut d’une montagne. »
Friedrich Nietzsche, « Le cas Wagner », in « Le crépuscule des idoles suivi de le cas Wagner », p.145 (par.1), Mercure de France, 1899.
Les yeux remplit d’un large silence,
l’assourdissant silence et sa blancheur de mort nacrée,
tous les objets quotidiens retirés du champ,
la vague et la fuite vers une prison aveugle et prévue,
dans laquelle se débattent des bouches muettes,
les paroles pulvérisées par les flammes,
le chaos et l’harmonie du rythme vivant,
et tout le corps est traversé d’un éclair,
sur les partitions de cet élan vital et majeur,
figurent des spectres, des mages et des fées,
Ne me parle pas, ne m’écrit pas, car rien n’est ici,
le maintenant est parti loin, ailleurs,
dans la musique de l’Esprit toujours plus proche,
qui revêt des manteaux de brume et de passions,
la musique du métal, de l’industrie et du feu,
et le mur du silence est brisé à chaque fois,
par l’harmonie entière, le fil d’une mélodie fine devenue folle,
le rythme des basses précises, graves et profondes,
qui fait de chaque geste répété un doux apesanteur,
une légère brise soufflée par ta mémoire,
Quand je pense à toi, mon ange musicien,
qui joue des notes pleines, noires et blanches,
des silences, des accélérées, des sauts,
le temps de l’enfance remplit mon cœur,
ton temps là, que j’ai si bien connu et aimé,
et le corps de l’enfant-signe s’élance,
vers les visages bienveillants, aimants,
sur une carte sonore, pleine d’empreintes et de traces,
ces audio-sculpteurs sont des consolateurs,
des magiciennes, des magiciens, aux voix hautes, délicieuses, divines,
qui répartissent les minutes dans un rêve inouïe,
au fil du jour passant, et l’envolée de la musique,
est un baume passé sur les corps au travail,
un fluide électrique et noir, un clavier puissant et sombre,
un faisceau multi-couleurs, et une forme de grâce,
et le plaisir organique du flux, de l’amour du son,
des plages sonores, des échelles de lumières,
est fait d’une inscription vague, chronométrée dans ta conscience,
d’empreintes, de formes, de textures, sensibles et chaudes,
qui font bouger nos silhouettes en cadence, devant soi,
L’art du métamorphe est cet art hybride, difficile,
qui pratique la synesthésie, la synergie des sens,
et emmène la foule dans un rythme de syncope et de systèmes,
parler, écrire, montrer seront des instruments musicaux,
des actes précis, millimétrés, calibrés aux besoins,
et la vie est là comme une force qui sépare et isole,
qui unifie et reprend, le vouloir puissance, la création,
une force harmonieuse qui fait naître et fait mourir,
qui donne la vie et reprend la vie, à tout instant,
l’instant éternel et musical, qui devient tout autre, toujours devant nous ….
MP – 28072023
