Tribute I

« Les enfants ne sont pas toujours synonymes
d’espoir. Pour certains ils sont synonymes de désespoir.
Cette femme aux cheveux coupés
pour ne pas se pendre
s’est jetée d’un toit, trente
fois violée et enceinte de l’ennemi
qui lui a fait cela. Celle-ci a eu le bassin
brisé à coups de marteau pour que l’enfant
puisse être extrait. Puis, elle a été jetée,
inutile, comme un sac déchiré. Celle-là
s’est perforée avec des brochettes de cuisine
et s’est vidée de son sang sur une toile
cirée plutôt que de porter
à nouveau et de dépasser la limite. Il
y a bien une limite, mais qui sait
quand on l’atteint ? Les fossés du dix-neuvième siècle
sont jonchés de petits cadavres de cire
jetés là avec épouvante. Un avion
survole trop bas la ferme des renards
et la mère mange ses petits. C’est aussi
cela la Nature. Réfléchissez donc à deux fois
avant d’adorer les sillons labourés, ou de rendre
hommage à un ventre plein
ou de choisir une fille pour jouer
la mère magique, en bleu
et blanc, sur ce piédestal,
parfaite et intacte, distincte
de celles qui ne le sont pas. Ce qui veut dire
toutes les autres. C’est une question
de nourriture et de sang disponible.
Si la maternité est sacrée, joignez l’acte à la parole.
Alors seulement on pourra espérer qu’advienne
sur la terre brisée et scintillante
ce miracle que l’on
chante, le jour
où chaque enfant sera une naissance sacrée. »

Margaret Atwood, « Chants de Noël » in « Monstres & monstruosités », p.57, 58 et 59, Poèmes choisis et traduits de l’anglais (Canada) par Christine Évain & Bruno Doucey, Éditions Bruno Doucey, 2026.

Fragments d’un monde détruit – 217

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