Le pari suicidaire des technologues aveugles du capitalisme fossile est de croire pouvoir contenir ou adapter nos modèles sociaux économiques traditionnels issus de la révolution industrielle et informationnelle à un monde dont les frontières planétaires sont franchies une par une ; concentration en CO2, intégrité de la biosphère, occupation des sols et artificialisation, utilisation de l’eau douce, états des sols et des eaux et perturbation des cycles de l’azote et du phosphore, pollution par introduction de nouvelles entités dans l’environnement (métaux lourds, composés synthétiques, éléments radioactifs …) Le resserrement des pratiques industrielles de production par exploitation de ressources naturelles et sophistication de l’art industriel, par optimisation des facteurs (coût, techniques, quantification et massification et culture du résultat) et économies d’échelle s’est fait toujours à l’intérieur du capitalisme fossile en embarquant les « Hot/Warm-Technologies » dans les processus de production et les ouvertures de consommations sur des marchés porteurs. Les technologies chaudes sont celles qui émettent beaucoup de CO2 dans leurs processus de fabrication et de diffusion notamment par consommation maximale d’énergie à la source, pendant les processus de transformation des matières premières et en aval dans leurs exploitations économiques mêmes ; comme les activités industrielles de transformation (cimenterie, chimie, métallurgie, exploitation de ressources fossiles (gaz, charbon, pétrole), transport aérien, automobile, maritime ..). Une poignée d’acteurs industriels émette à eux seuls la moitié des émissions de CO2 à l’échelle mondiale, 36 acteurs au total (combustible fossile et ciment) dont ; Exxon, TotalEnergies, CHN Energy (Chine et charbon), Saudi Aramco, Coal India (think tank InfluenceMap – mars 2025, repris par le Business & Human Right Resource Centre).
Ce vieux monde est frappé dans toutes ses activités par la transformation climatique et énergétique mondiale due à l’anthropocène et aux impacts de l’homme sur ses milieux de vie ; et il est sidérant de constater encore le refus ou la dénégation de ces grands groupes privés qui de façon systématique et scandaleuse jouent l’emploi industriel contre l’environnement en adoptant des stratégies de brouillage systématique du message écologique, afin de favoriser encore le maintien de capitaux techniques ou financiers ou le gain de nouveaux marchés d’exploitation de ressources fossiles. Les « Warm technologies » sont dites chaudes ou brûlantes – potentiellement destructrices – parce qu’elles contiennent un risque maximale d’entropie sur les systèmes sociaux politiques humains, la diversité de la biosphère, les milieux sociaux et vivants ; entropie qui fragilise la forme de vie démocratique et humaine. L’augmentation du désordre et de l’incapacité politique à pouvoir affronter correctement, économiquement et socialement, les crises successives dues au changement climatique accompagne le recul des démocraties libérales à l’échelle de la planète, du fait des guerres informationnelles menées contre les scientifiques et les mouvements d’émancipation écologique. Par ce que nous ne serions plus en mesure de contenir les destructions massives et diverses des milieux vivants, parce que le changement climatique serait le résultat d’une évolution naturelle nécessaire à laquelle l’homme n’aurait pas sa part de responsabilités, par ce que les messages écologiques seraient portés et déformés par des anticapitalistes primaires, des gauchistes ou des communistes, des écoféministes, ou des khmers verts, la défense du mode de vie immuable, traditionnel qui fait toujours l’homme Alpha se rendre maître et possesseur de la Nature serait la seule réponse admise venue de Dieu ou de l’Histoire.
Il arrive un temps – pas si lointain, maintenant ou dans un futur proche – où le choix de société fondamental va se poser dans les termes philosophiques suivants : 1) d’un côté, le « Dark-Way » sociétal et culturel ; des myriades de sociétés privées et d’États totalitaires de type oligarchiques s’entendent sur la nécessité de bâtir au sein de grands Empires, des forteresses digitales, constituées de murs numériques et de zones d’identification des bons ou mauvais citoyens par délation et notation sociale. Forteresse ; c’est à dire, un complexe industriel, militaire et économique doté de datacenter multiples, de systèmes informatiques de captures et d’élimination des dissident.es et de fermetures dans des zones climatisées des populations les mieux notées socialement – un milieu entièrement clos faisant face ou fermant les accès à un extérieur dévasté par le soleil et des températures à 50° Celsius. Forteresse ; c’est à dire, dans le capitalisme ego cognitif traditionnel allié au capitalisme fossile, la prédominance d’un sujet de la représentation du pouvoir total – un « Nous » raisonnable détruit remplacé par un Ego drame autoritaire – un Sujet égotique surpuissant qui aligne par la technologie de réseau et les Intelligences Artificielles de capture biomorphique, tous les « Moi » des citoyens et citoyennes de ces mondes forteresses ; ici les Empires bâtissent des forteresses par la guerre de l’information, l’Intelligence Artificielle asservie à l’idéologie de la surveillance et la propagande, pour survivre à des milieux de vie qu’ils ont eux-mêmes détruits depuis toujours. Forteresse veut dire, aussi, le choc numérique, ou la violence de masses ou la préservation de ressources pour l’élite et l’élimination massive par laisser-aller ou laisser faire des populations les plus vulnérables. L’exclusion digitale est ici une pièce tactique maîtresse pour bâtir des territoires négatifs ou des territoires fantômes, entièrement insensibilisés ou invisibilisés dans les chaînes de la Médiacratie autoritaire ; des territoires pour lesquels aucune information objective ou aucun faits historiques ne peuvent être conclus ou établis du fait de la puissance de confusion issue de la guerre de l’information.
Il arrive un temps – dans l’urgence dramatique du présent de guerres, de déplacements de réfugiés, de zones de non-droits – où ce choix de société fondamental peut être construit ou délibéré encore seulement dans une forme de vie démocratique : 2) le « Milky-Way », penser en terme de galaxies de pratiques hétérogènes de stratégies de construction adaptées, d’exploitation agricole, de fabrication en écodesign, de mobilités douces ou alternatives, et surtout d’atténuation des rejets de CO2 dans l’atmosphère par la sobriété alimentaire et énergétique, la responsabilité sociale et l’éthique du care ou du prendre soin par le partage de vies vulnérables. Les anciens et les faibles peuvent nous apprendre beaucoup comme nous pouvons apprendre et transmettre beaucoup de nos erreurs et atermoiements (génération x et y) pour convertir le regard des enfants à l’histoire du vivant et à la place des animaux et des milieux naturels dans nos vies d’humains. Adopter des technologies cold, des outils froids ou dont le bilan de l’empreinte carbone en amont et en aval de la fabrication et la consommation, respecte un certain seuil de soutenabilité pour le vivant, c’est à dire détruire ou limiter les tentatives de bâtir les forteresses digitales, les complexes techno industriels du capitalisme fossile dont les finalités sont bien l’exercice du pouvoir totalitaire, l’emprise psychique collective et la fin des libertés politiques. Sortir des nécro spectacles organisées pour favoriser l’installation de l’argument de la forteresse, peut consister à nouer des liens dans les assemblées délibératives et à obtenir des droits pour des entités naturelles (forêts, rivières, jardins, sols, montagnes …) comme nous l’enseignent déjà des cultures animistes ancestrales. L’intégration dans le domaine du droit de l’environnement d’actances naturelles en propre par une personnalité juridique donnée à ces entités peut ouvrir nos sociétés humaines vers une vie plus douce et meilleure pour tous.
Sortir des « technologies chaudes » est donc extrêmement complexe – cela paraît improbable et inactuel dans ces temps marqués par les guerres et la régression réactionnaire et totalitaire en Russie, en Chine et dans l’Amérique et l’Israël de Trump et Netanyahou – d’abord en raison de l’intégration forte de ces fuites en avant technologiques dans des logiques capitalistes et financières anciennes construites autour de l’exploitation quasi nécessaire de capitaux techniques, de modalités de survies actionnariales, inhumaines, asymboliques. Désencastrer la technologie du modèle capitaliste autoritaire d’exploitation de ressources est extrêmement difficile aussi en raison de l’emploi et de la rémunération dépendante de marchés porteurs du capitalisme fossile et des techno solutions faciles et invasives de type IAG ; mais à l’évidence et la transformation climatique massive, nous l’impose, nous ne pouvons pas vivre à l’intérieur de ce modèle écocide complexe qui détruit la planète inexorablement et rapidement ; alors il va devenir nécessaire comme une évidence politique imposée par la reconnaissance de faits historiques et scientifiques, de favoriser un revenu universel d’obligation sorti du salaire ou des dividendes ; de sorte que toute une humanité puisse accomplir son destin en associant ses forces et ses limites ; mieux vivre en sauvant le monde humain et la Nature – la planète Terre -, les faire s’échapper des nombreuses forces opposées qui les nient, la détruisent, conduire l’Humanité vers une concorde des peuples, une entente humaine massive et une coordination des institutions uniquement orientée par ce souci de nos milieux vivants. Hot/Warm/Normal/Cold Technologies, Forteresses digitales et symboliques, militaires et industrielles des Empires, enfin Association de bonnes volontés facilitée par le revenu universel et visant la concorde de valeurs, de pensées et d’interactions sociales symboliques sont ainsi devenus des marqueurs philosophiques et anthropologiques ou des nœuds critiques du XXI siècle de transformation ou de régression des sociétés humaines dans la forme de vie humaine.
Fragments d’un monde détruit – 171
