L’adaptation mécanique, forcée d’un mouvement d’ensembles collectifs (Institutions, sociétés privées, masses ou gouvernements) aux mêmes logiques et techniques de dévastation de la Nature et du vivant, selon la folle et indiscutable nécessité d’une loi naturelle, parvient à exclure des possibilités d’évolutions historiques autres des Sociétés humaines au nom de la logique du système capitaliste ancré dans un rapport d’intérêts, naturel, égal, inerte, mécanique et externe et néanmoins lié aux événements du Temps du présent, du passé et du futur. Le temps du Monde ancien de l’extraction du fossile, de la combustion à tout prix de l’énergie thermique, dévoratrice d’oxygène, de la satisfaction et sanctification des intérêts naturels, privés – cette illusion de la liberté – est ainsi liée de manière interne à des circuits de décisions égales, uniques, univoques, allant toujours dans le sens de l’adaptation naturelle de nos vies. « Il faut s’adapter » (pourquoi, à quoi bon, vers quels fins) ; ce mot d’ordres pourrait prêter à sourire si cet insensé diagnostic datant de plus de trois siècles, n’était basé sur plus d’auto-aveuglement massif des systèmes d’activités situées actuels de nos sociétés modernes que de questionnements véritablement lucides ; leurs directions, leurs intentions, leurs situations de vie jamais justifiées de manière raisonnable.
L’expérience a-historique d’une loi mécanique dite naturelle et de l’absence de liberté de notre volonté collective est celle qui dit que nous sommes toujours forcés d’aller dans cette direction naturellement parce que nous satisfaisons nos intérêts naturels et nos besoins artificiellement construits par une économie de l’offre, dispendieuse, non robuste, illusoire, écartée d’une forme d’activité et de communication ré-ancrée dans la réalité scientifique et sociale des faits. Notre destin joue contre la loi naturelle, car notre destin en tant qu’humains vivants de la planète-Terre doit permettre de se ressaisir de possibilités de libertés de mouvement collectif et de choix difficiles mais nécessaires. La fascination morbide et sexuelle pour la prédation terrible qui exploite des ressources naturelles, des capacités bio-cognitives, et des corps vivants provient ainsi également de la lutte acharnée et de l’Histoire du conflit pulsionnel entre « Eros » et « Thanatos » ; ce « Malaise dans la civilisation » si bien décrit par Freud en 1929.
N’est ce pas cette raison interne forte au développement planétaire d’un capitalisme d’exploitation des forces vivantes, cet écosystème techno-financier global d’asservissement des individus, qui maintient le monde du présent en erreur ? La tension irréductible tenant la fétichisation des produits du corps et de l’esprit humain, leurs aspects magiques et occultes et l’automatisation systématique des processus managériales, des tâches simples d’exécution, des productions en séries, laisse t-elle une place majeure et un rôle définitionnel au monde du vivant dans notre futur ? La logique dyadique des forces collectives et des systèmes sociaux particulièrement régressive et redoutable en Psychologie sociale et politique, cette logique de l’affrontement des individus atomisés et du ressentiment peut aboutir à un effacement de notre seul futur commun, vivable et désirable.
Ouvrir des brèches, partout, sous tous les angles, toutes les formes expressives, les Arts, les politiques et les techniques, par de multiples perspectives, dans le système social et économique mondial, organisé autour et à l’intérieur de cette loi naturelle, est le rôle aussi de tous les médias d’information, un tant soit peu indépendants qui accentuent ces possibilités de rupture, de dissidence, qui rompent avec la ligne d’obscurité dressée devant nous comme un rail ou un horizon s’échappant et pourtant toujours là, qui peut nous happer et faire basculer le monde dans l’horreur. L’absence d’avenir du capitalisme de prédation et de surveillance globale doit de plus en plus devenir évident dans nos existences, dés lors qu’il est totalement déconnecté des réels besoins et des risques écologiques de la planète Terre. Les guerres hybrides, alimentaires et énergétiques, entres puissances autoritaires, vont peut-être bâtir la réponse complexe d’une triangulation temporelle et systémique ; le système économique et politique du passé – le néo-libéralisme et la société antilibérale – le développement durable exigé par notre présent, et le mouvement de transformation sociale possible anticipé par nos futurs.
Le refuge collectif dans des arrières-mondes factices ; l’origine ethnique ou culturelle, la patrie millénaire, la terre des ancêtres, la tyrannie des âmes mortes, flottantes, liquides ou invisibles ; celles aux prix desquelles nous payons notre sécurité et notre liberté de vivants sur la Terre ; tous ces bataillons de fantômes glissants et hurlants sous le joug de l’économie d’exploitation, ce fétichisme de la valeur d’échange par rapport à l’usage que nous faisons des actes et des objets sociaux dans nos vies concrètes, se confrontent à une technologie d’exploitation des corps, devenue invasive et liée à l’hyper-capitalisme global qui exploite nos penchants naturels, nos instincts grégaires ou égoïstes, nous ordonne de suivre certains schémas sociaux-cognitifs de performance pour nous mêmes et pour être reconnue par autrui. Cette polarité difficile issue de l’automatique terreur d’une économie sourde aux problématiques complexes ; humaines, environnementales et sociales, et du monde horrible des âmes-tombeaux, fétichisées par le monde marchand et autoritaire, possède cette dynamique de forces historiques qui maintient la possibilité d’une négation du réel qu’accompagne à terme la fin de nos libertés collectives.
Fragments d’un monde détruit – 40
