XXI° siècle : l’égo-drame du capitalisme

Ce que le capitalisme numérique, de surveillance globale et individuelle et de prédation des ressources naturelles modifie dans la personnalité humaine est la vision claire de ses propres intérêts et de ses besoins sociaux. Ce système à bout de souffle refuse la capacité qu’à l’individualité de réussir à construire une vraie solidarité humaine et naturelle avec d’autres que soi hors de l’instant de la satisfaction cupide procurée par la consommation de sa propre image rêvée, fantasmée dans des produits ou des consommations valorisantes. L’hyperinflation d’un pseudo-soi, toujours soi, matérialisé par les outils de calcul de sa présence, de son image et de traçage digital de son encore soi, aboutit à la désintégration des logiques de socialisation ordinaire liées à une présence au monde physique et à des interactions distantes ou face à face mesurées à ce qu’est réellement la vie ordinaire.

Le régime d’oubli affreux ; cette auto-conduite compulsive séparée du réel, qu’instaure l’économie numérique de l’exploitation du moi égoïste a pour effet de dégrader la société humaine classique faite d’une solidarité organique traditionnelle et d’une ouverture aux autres permise par la liberté collective. L’oubli des autres, l’oubli de la différence, du pauvre, du malade, de l’étranger en détresse, qu’un système a-social insensibilise et rend invisible au maximum conforte la classe des acheteurs-dominants ; celle qui paie, vote, décide, et enferme. Le capitalisme numérique surveille et permet d’enfermer ego dans des sous-mondes d’intérêts privés, égoïstes et lâches ; toute cette satisfaction pulsionnelle dérisoire à l’intérieur d’îlots de travail et de consommation sacrificielle au cœur d’une absence même du faire société. Les lignes stratégiques du capitalisme de prédation et de maximisation de l’hédonisme et du plaisir d’être soi fragilisent ainsi la société humaine universelle et ses principes de cohérence et de solidarités internes.

Dans cette transformation majeure vers des sous-mondes d’injustice flagrante, le « je » ne crée plus rien, mais intègre lentement la culture imposée aux masses qui nivelle par le bas toutes les réactions émotionnelles y compris les plus primitives (douleur, peur, pitié, ou joie) ; nous rejetons ainsi la souffrance visible des corps car cela nous fait mal ; elle rend nos vies, cette souffrance perçue, plus difficiles, moins confortables, plus dangereuses et soudainement coupables. L’indifférence de classes, l’exclusion économique et sociale, la haine de ce qui perturbe nos foyers de vie privée, reviennent nous hanter comme des leviers majeurs pour renforcer en silence le modèle et la légitimité du néo-libéralisme contemporain. Il faut constater l’effet des outils de valorisation de soi (un soi qui est toujours un pseudo-soi orienté vers la compétition autoritaire et le repli identitaire) ; calcul des efforts, mises en compétition inutiles, dérisoires, des performances de personnalités qu’offrent des constellations d’applications et de sites Web aux principes d’actions et de vie profondément erronés.

La logique même d’autodestruction des forces du vivant au cœur du fonctionnement du capitalisme plus encore dans ce mouvement de transition écologique puissant et si actuel – 2022/2075 – est capable maintenant de faire sortir les masses de citoyens du monde ancien, de leur position de spectateur mutique et désespérée. Car il est sans commune mesure ce monde divisé, totalement artificiel, avec le monde naturel, sans commune mesure avec les besoins, les plaisirs et les souffrances du vivant. En ce sens, il n’y a plus rien que nous pouvons concéder à l’hypermarché morbide de ce modèle économique, rien de ce qui importe, de ce qui a de l’importance, de ce qui est vital pour nous-mêmes.

Alors, défendre la société du vivant, les communs de la vie humaine, naturelle et animale ; la liberté, la satisfaction liée à la vie libre et à la justice devient le seul credo, le seul chemin éthique, le seul motif de joie et d’intérêt moral que les citoyens d’une trans-nation mondiale, d’une communauté de Nations anciennes retirent de leurs préoccupations de vie quotidienne. Peu importe le prix à payer ; cette mémoire du nouveau monde à reconstruire, défendre les communs est le seul acte politique sérieux du XXI°siècle ; celui-ci remet les mouvements politiques à l’heure de la transformation écologique, psychologique, philosophique et politique des communautés, des interprétations sociales concurrentes et des individualités à l’intérieur d’une forme de vie devenue enfin libérale, sociale, écologique et pleinement démocratique.

Fragments d’un monde détruit – 29

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