Le pouvoir et la guerre

Dans cette zone forteresse issue de la guerre en Europe, ce qui frappe d’abord du point de vue européen, c’est l’isolement et l’irrationalité du pouvoir russe ; l’autocratie paraît seule, pleine d’arrogance et de hargne et la société civile russe de peur et par conviction fuit ailleurs. Les mises en scènes de la communication du pouvoir ne trompent personne et la solitude extrême de l’autocrate proche de l’hystérie détonne. L’aide transnationale agit partout, à tous les niveaux (sanctions économiques visant l’oligarchie, défense habile des frontières, aides à toutes détresses, exclusions des économies de la prédation, et des contrôles monopolistiques des ressources) et permet encore la dignité des vivants. Il demeure là bas et tout près de nous, dans cette zone terrorisante de l’autoritarisme, un centre idéologique d’évitement de l’éthique et du droit humain, un mouvement d’exclusion féroce de la paix et de la démocratie capable du pire que nous ne pouvons pas encore pénétrer, ni détruire.

Le pouvoir autocratique bien qu’impressionnant, hostile, cause de censures terribles, et « tueur » ne se résout pas à voir ses vitrines de communicants (artistes en dissidence, politiques porteurs de réseaux, anciens dirigeants de sociétés privées) s’échapper hors de son périmètre d’action. Jusqu’à quand un système de pouvoir vertical, hiérarchique, autocratique, peut survivre coupé des échanges mondiaux, politiques, économiques, sociaux, culturels ? L’imposition d’un nouvel équilibre de la terreur est difficile car le tyran cherche toujours à gagner en se plaçant lui-même et sa nation dans une situation de jeux de compétitions bloqués. L’enjeu politique de cette résistance est la coopération multilatérale renforcée contre la compétition de zones forteresses, ce qui incluent tous les mouvements historiques de la grande société démocratique ; la culture, l’économie, la politique, la société et la religion.

Le brouillard des communications médiatiques orientées et le confusionnisme servis partout comme arme de guerre « informationnelle » par les tyrans permettent d’opacifier les consciences pour un temps, et rendent possibles en parallèle, la recherche de cibles, l’exclusion de dissidents, les avancées d’armées et les captures d’objectifs. Mais ce temps est très court, limité, fragile et le voile dérisoire lancé sur la réalité des conflits se déchire par l’effet d’une Information fiable, vérifiée, partagée, entre acteurs de paix qui donne la vérité de la guerre, l’implication des parties et leurs rôles effectifs. Courageuse, sérieuse, mobilisée l’opposition au tyran devient très importante parce que l’Information implique aussi potentiellement l’adhésion des masses à la démocratie par l’émotion vive et la puissance de résistance, politique, économique et culturelle possible contre l’agression, l’exclusion et le crime.

Les critères qui commandent l’urgence d’une défense coordonnée ne sont pas exempts de peur, de pitié, et d’horreur face au risque absolu de la destruction des villes radieuses de l’Europe (Odessa, Kiev). C’est bien là la force de l’humanité, toujours devant soi, pour le futur, en mémoire du monde, se comprendre dans un sol de réactions primitives (pitié, crainte, attachement, sympathie, joie et douleur) et au travers de gestes dont le sens lié à des situations de détresses est reconnu partout. Nous nous reconnaissons humain dans les émotions situées de peur, de joie, de pitié et de souffrance et au travers des visages des résistances, nous portons encore en nous mêmes la foi en l’humanité.

La volonté de la femme et de l’homme est en effet libre, juste et belle dans cette mesure d’un commencement primitif du langage, des liens sociaux, des réactions et des émotions non déterminés par un système d’options, de programmes de conditionnement, d’alertes et de « mots d’ordres ». La volonté humaine ne plie pas, ne rompt pas, ne se résout pas à se rendre à celui qui hors du monde de nos réactions expressives primitives, n’appelle plus rien, ne déclenche plus rien, ne « vit » plus avec nous. Hors de la terreur du « diktat », vient l’humaine approche des autres, de ceux qui souffrent, prient et agissent partout en faveur de la démocratie.


Fragments d’un monde détruit – 13

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *