Vivre l’animal

« En raison de la matérialité de notre existence, de notre besoin d’air, d’eau, de nourriture, et d’espace nous sommes toujours en relation avec les autres, y compris avec les animaux. L’éthique et la justice consistent à assigner des limites à son bon droit au nom du droit de tous les êtres vivants à exister. »

Corinne Pelluchon, « Postface » in «Manifeste animaliste : politiser la cause animale », p.176, Payot, Rivages, Paris, 2021.

Je me souviens de toi qui nous regarde, les yeux embués,
le corps tendu d’affections pour des simples et proches humains,
et la tête joyeuse dodelinant de gauche à droite,
ayant l’air d’un animal fou, tournant sur lui-même, à toute vitesse,
sans jamais faillir à cette affection sans retours,

L’impermanence des choses ne t’a jamais touchée
et ton temps est celui du partage et de la joie toujours.
Jamais tu n’as été prises en défaut de manquer à ce soutien.
Chienne à l’utilité folle, à la gueule tachetée, noire, blanche et brune,
comment sais tu ce dont nous avons besoin ?
Avec nous, quand je t’appelle, ensemble, comment vis-tu ?

Quel est ce règne du vivant qui nous entoure, partout,
nous contient nous humain-es, au delà du Temps,
dans tous les espaces ou l’animal incarne le vivant.
Sentiments mêlés, tendresses folles, émotions brutes,
Tu es le lien de Nature, lien manquant entres toutes ces choses.

Et la violence froide des machines à exclure et décider,
leur bleuité de glaces, uniforme et sans âmes,
fondent en ta présence, en des amas de nuages,
des sirops sucrés, des vagues d’eaux divers et divines,
qu’avalent les mondes humains auxquels tu participes.

Car tu vis en nous, sensible, avec des gestes d’attention,
tu prends soin des vulnérables, des malades, des fous,
tu fabriques du lien en mêlant la Nature et l’Esprit.
Je me souviens de ton énergie folle, si démesurée,
de ton absence de retenue, de la joyeuse expiration

des forces vivantes, de la simple émotion en ta présence,
que provoque ton corps voué à nous,
et les cages qui t’enferme sont l’œuvre du malheur,
cette totalité haineuse, rampante et morbide,
dont les extrémités broient les corps,
et séparent les causes des êtres vivants,

l’existence n’est pas futile, elle rayonne,
dans un soleil pris dans les regards des bêtes,
une vie gracieuse, humide, contenue dans leurs larmes,
et chacun de leurs mouvements rappellent la vie belle,
chaque objet qu’elles touchent s’illumine du feu vivant,
de la terre et de l’océan déliées des amertumes humaines,

Je me souviens de toi comme une compagnie, une « polis » miniature,
comme animal fragile et fort, comme lieu hybride, social et naturel,
car tu as pris le mouvement d’un groupe tout entier,
dans ton énergie folle, ta passion de vivre unique,
dans la cité, tu rassembles les regards, les touchers et les paroles,
et détruit les cages complexes ou s’enferment nos âmes,

Merci pour ta vie si brève, la joie profonde que tu as donnés,
Merci pour le mouvement des âmes que tu as provoqués,
chiennes, chats, oiseaux, vivants, allument nos yeux, dans la nuit humaine,
comme des étoiles brillantes qui éclairent nos chemins,
de ceux ou celles qui faute d’ami-es, se noient, seul-es,
à l’intérieur des cages obscures, des machines et des spectres.

Humain-e, animal, bêtes vivantes, rappelle nous ta venue,
sur la terre-poussière, la perpétuation des liens,
ce qui tourne autour est ton regard, tes mouvements qui relient et rassemblent,
le cri de l’animal est rouge sang, il traverse,
les corps des humain-es, les puissances des cités,
il est ce présent qui vit et bât aussi dans nos veines.

MP – 13012023

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