Pantin Articulé

«  Un impouvoir à cristalliser inconsciemment le point rompu de l’automatisme à quelque degré que ce soit. »

Antonin Artaud, « Le Pèse-Nerfs » in « L’ombilic des Limbes », p.97, Gallimard, 1956.

« Count Ocular » par « Compagnie Tatwood Puppets. Cabaret of curiosities » – Festival mondial des théâtres de marionnettes. Charleville-Mézières. 27.09.2025.

« i am the eye, you are the slaviour. »

Revenir au centre des pèses nerfs, devant l’écran qui grésille,
au milieu de la nuit immense descendue de nulle part,
« je » joue sur le clavier une partition muette,
et les signes foisonnent dans une forêt de songes invisibles,
il n’y a plus rien à part eux et moi, leurs remises en perspectives,
leurs voix résonnent au fond du crâne de l’étranger,
car il est là juste derrière « moi », le hors là présent,
le double en noir et blanc, la froideur belle et survivante,

le fantôme, l’outsider qui se dresse aux niveaux des portées,
et mon « je » s’efface derrière lui, encore,
pour le jeu de minuit, les rayons du soleil sombre et du dehors,
lui même est une pâle présence, une outre-figure,
et nos rires carnassiers intègrent chaque minute, délicieuse,
dans le creux des espaces, les interstices vides,
la forme spectrale, l’inattendue en arrière de soi,
il a suffit d’être seul longtemps, de creuser les galeries,
les puits noirs de ténèbres et de révisions,

et le père a peur en voyant l’enfant debout aux yeux fixes,
les lueurs qui tremblent au fond de ses orbites,
la bouche sèche d’où sortent des phrases incompréhensibles,
et « je » trace sur l’écran mon spectre poursuivant,
le fantôme sien qui hurle au fin fond des oreilles,
et les appareils électriques me parlent,
ils font des bruits, étranges, répétés et intentionnels,
il faudrait traduire leurs langages d’objets, l’inertie,
à l’intérieur des possessions de soi-même,

et tout le champs sonore est là comme une vague de pensées,
d’électricités, de flash, de musiques allocentriques,
mais « je » vois plus loin, le but de chaque acte de langage,
il faut marcher au delà de minuit et chercher les pactes, les rendez-vous, l’accord ultime passé entre des formes étrangères,
l’ami lointain qui a dit « viens à moi, enfant-signe »,
et l’impulsion maîtresse, guidant chaque pas, chaque geste,
donner un manteau à cette femme rêvée, plus loin encore,
s’attacher aux lignes blanches des automates,
les machines à briser les vases anciens,
les cristaux tenus en bouquets harmonieux et figés
dans l’œil d’une caméra-serpent …

Donner un manteau de signes-sons confortables,
à la femme bleue et or, aux danses érotiques,
pour protéger les temps vécus hors de leurs mondes,
imprimer ce manteau fait de griffes et de sangs,
et ce mur est un paradoxe, ce qui est figé devient mouvement,
enfant-signe et enfant-monstre formés aux maîtres des temps,
creuser à l’intérieur des chemins de pierres,
broyer leurs poudres grisâtres, serrer le poing furieux, tenir l’œil ferme, sur les travellings qui font des circuits prévisibles,
et « je » projette un monde autre, textuel, imprévisible.

MP – 12062026

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